Jeremy Dumont Quintet feat. Godwin Louis le 5-11-19 au Théâtre Marni

A Bruxelles, les tournées Jazz Tour des Lundis d’Hortense ont décidé de s’éloigner de temps à autres de la Jazz Station. Pour cette «première», le quintette de Jeremy Dumont avait donc investi le Théâtre Marni ce mardi 5 novembre.
Et bingo ! Salle comble.
Le pianiste présentait son album Eretz – sorti en début d’année et qui avait déjà fait l’objet, en avril, d’une belle tournée en France, en Israël et en Belgique (à laquelle je n’avais pas eu l’occasion d’assister). La musique écrite par le pianiste est à son image : nerveuse, dense, toujours sur le qui-vive. Une musique qui demande de l’attention (et de la tension) de la part des musiciens. Pour cela, Jeremy s’est entouré de jazzmen qui ont du répondant : Armando Luongo aux drums, Damien Varaillon à la contrebasse et surtout Jean-Paul Estiévenart à la trompette et l’impressionnant Godwin Louis au saxophone alto et au soprano. Si «Even You» est radieux et presque rêveur, «Tough But Fair» est nettement plus enlevé et découvre un immense terrain de jeu pour Godwin Louis. Sur ce tempo d’enfer, le saxophoniste américain n’a pas l’air effrayé. Le son légèrement pincé, il enchaîne rapidement les chorus entre lignes vallonnées et virages serrés. Il donne tout, va à la limite sans jamais «aller dans le rouge». Son jeu est clair, défini, précis. Il entraine ainsi dans son sillage Jean-Paul Estiévenart et surtout Jeremy Dumont pour des impros de feu. Depuis quelques temps déjà, Jeremy Dumont s’est affranchi de ses maîtres (Chick Corea, entre autres, pour ne pas le nommer) et délivre un jeu foisonnant d’idées et bourré d’énergie. C’est de plus en plus évident au fil du concert qui montre son touché très personnel, très affirmé et d’une grande clarté. La plupart des compositions sont «chargées» (positivement) mais, grâce à une grande intelligence d’écriture, laissent beaucoup d’espaces à chacun des musiciens. Du coup, la musique respire tout le temps et révèle toujours une part d’optimisme sous un caractère parfois tourmenté. Ça swingue sans cesse, même sur des thèmes plus «apaisés» comme dans ce «Trough Your Eyes» qui permet à Damien Varaillon de s’exprimer longuement dans un solo aussi mélodique que palpitant. «Machann Mango» (de Goldwin Louis), introduit au soprano, devient rapidement tempétueux et les échanges entre trompette et sax – tantôt en contrepoints, tantôt à l’unisson – sont éblouissants d’énergie, jusqu’à l’éclatement final. Il faudra bien un «Aaron» délicat et sensible pour calmer un peu les ardeurs et permettre à Jean-Paul Estiévenart d’emprunter des chemins qui n’appartiennent qu’à lui, afin d’aller dénicher des notes «cachées». La musique est décidément pleine de surprises. Pour conclure (avant un rappel sur un thème créole incandescent écrit par Godwin Louis) le quintette balance «Eretz», inspiré de musiques et folklores juifs. Le tempo est rapide, les rythmes fluctuants et la musique intense. Armando Luongo fait claquer les tambours et entraîne le public à clapper des mains. Les solos s’enchaînent, brefs et concis. La tension monte… et tout finit par imploser… Alors on repart presque de zéro avec la construction minutieuse du trompettiste qui ramène, peu à peu, tout le monde à la surface pour un final jubilatoire. Un vrai bon moment. Un concert intense, plein d’énergie et de swing et un quintette à suivre absolument. Bref, tout ce qu’il faut pour être heureux.

■ Jacques Prouvost
Jazzques – 5 novembre 2019

Jérémy Dumont Quintet – Chronique Citizenjazz

En 2015 on achetait son premier disque en trio piano-contrebasse-batterie, un disque autoproduit que l’on avait découvert dans une émission de radio belge. Par coup de cœur spontané pour la mélodie et le rythme haletant du titre éponyme, « Resurrection », en écho à la naissance de son fils Aaron. Lui, c’est Jérémy Dumont, pianiste et compositeur belge, jeune trentenaire passé entre autres par le conservatoire royal de Bruxelles dans le cours d’Eric Legnini.
Il revient avec un nouveau format quintet dans un album dont le titre, Eretz, désigne la terre en hébreu, et poursuit sa progression personnelle dans le champ du swing augmenté de mélodies sensibles. Sept compositions originales et deux reprises soulignent son lyrisme autant que ses accélérations rythmiques. Mettant en exergue le mariage des timbres de la trompette de Jean-Paul Estiévenart, figure omniprésente de la scène belge, et du saxophone alto de l’Américain Godwin Louis, les morceaux laissent toute leur place aux développements, suivant en cela le schéma classique. Plus introspectif, « Aaron » conclut l’album sur une tendresse de piano, une caresse de contrebasse et une délicatesse de trompette.

■ Alice Leclercq
Citizenjazz – le 22 septembre 2019

Eretz – Jérémy Dumont 5tet – The New York City Jazz Record

Brussels has lately become the crossroads of European jazz, with various jazz venues and three highly regarded jazz magazines. Besides a distinguished legacy of world-class musicians, the region has been able to attract artists from all over continental Europe on top of a well-qualified cadre of U.S. expatriates and frequent visitors. Many of these musicians, like pianist Jérémy Dumont, are the product of Europe’s best conservatories and the mushrooming number of jazz schools following the celebrated Berklee College of Music model. Others have been attracted by the lively and stimulating ambiance, finding a natural place to mingle with musicians of different extractions and traditions in a multicultural environment. This CD, the first by Dumont’s quintet, fits squarely in this tradition: five musicians representing four countries, the U.S. included. The music belongs to a sort of postbop mainstream, with seven originals and two perennial standards. The result is a pleasant, tasteful and swinging session based on simple yet captivating compositions that leverage Dumont’s penchant for Middle Eastern melodies. The structure of the tunes may appear rather conventional at first listen—exposition of the theme in unison, solos and return to the main theme. But repeated listens reveal subtle variations to the overarching scheme, enriching the music. The quintet is well integrated, with Godwin Louis’ exuberant alto saxophone taking the proverbial lion’s share along with fleet piano and Jean-Paul Estiévenart’s wellrounded trumpet. Louis condenses in his sound and phrasing a whole tradition of alto players, including echoes of Johnny Hodges, in Jimmy Van Heusen-Eddie DeLange’s “Darn That Dream”. Bassist Damien Varaillon and drummer Armando Luongo provide solid support throughout but regrettably do not have much solo space. Of note is “Eretz Tzion”, the most complex composition with its clear Middle Eastern influences and shifting development after a rhapsodic piano intro. “Through Your Eyes” and “Nieuwpoort Day” showcase Dumont’s rhythmic approach—he mentions Chick Corea among his influences—whereas the ballad “Aaron” delivers an emotional solo by Estiévenart. An extended live version of Walter Gross-Jack Lawrence’s “Tenderly” rounds out a nicely varied program.

Marco Cangiano
The New York City Jazz Record – July 2019

ERETZ – Jérémy Dumont 5tet

Cela s’appelle Eretz, la terre en hébreu. Comme si Jérémy Dumont voulait ancrer sa musique dans le terreau traditionnel du jazz et, en même temps, en montrer toute la diversité. Au long de sept compositions du pianiste et de deux standards, Jérémy offre un jazz plein, intense, enthousiasmant. Pas d’avant-garde minimaliste ici. Mais un jazz contemporain qui swingue et qui groove, qui invente et qui dynamise, avec l’aide précieuse des comparses que le pianiste a choisis : le sax américain Godwin Louis, la trompette belge Jean-Paul Estiévenart, la contrebasse française Damien Varaillon et la batterie italienne Armando Luongo.
C’est dru comme du hard bop, avec des harmonies intenses, des sonorités amples, des impros somptueuses. Celles de Louis et d’Estiévenart, évidemment, déroutantes et revigorantes. Celles de Jérémy lui-même également, qui tire du clavier des lignes bousculées et bousculantes.

Jean-Claude Vantroyen
Le Mad – mercredi 3 avril 2019 

Jérémy Dumont 5tet – Eretz

Daar waar Jérémy Dumont op zijn debuut ‘Resurrection’ de kaart trok van speels lyrisme en doordacht modernisme duikt hij met ‘Eretz’ volledig het verleden in richting postbop gekoppeld aan een hedendaagse visie. Met saxofonist Godwin Louis en trompettist Jean-Paul Estiévenart als gedroomde sparring partners. ‘Eretz’ is Hebreeuws voor land en tevens voor diversiteit. Hiermee refereert Dumont naar de internationale cast waar hij zich voor deze cd mee omringt: de Amerikaanse saxofonist Godwin Louis, de Franse bassist Damien Varaillon, de Italiaanse drummer Armando Luongo en landgenoot Jean-Paul Estiévenart. In de openingstrack ‘Tough But Fair’ worden alle wijzertjes en knopjes onmiddellijk in de juiste richting gedraaid en geplaatst. Een gedreven bop-tempo met al meteen de eerste solomomenten van Jean-Paul Estiévenart en Godwin Louis. De eerste hoeven we hopelijk niet meer voor te stellen. Louis is op zijn beurt een jonge New Yorkse saxofonist die momenteel aan een stevige opmars bezig is. Bijna even imposant als Kamasi Washington, eenzelfde kleurrijke vestimentaire smaak maar vooral een veel gerichtere en afgelijnde speelstijl. De nummers op ‘Eretz’ variëren in lengte tussen vijf en negen minuten. Ideaal om een verhaal te ontplooien. En dat doen de heren ook. Telkens opnieuw komen ze gezwind naar voor. Zelfs de wat meer ingehouden stukken vertonen een urgente ondertoon. De ballad ‘Darn That Dream’ is daar een sterk staaltje van. Dat de vijf een internationale tournee achter de rug hadden vooraleer de studio in te duiken, hoor je duidelijk. Dit is geen beginnende band maar een hecht kwintet. Extra troef is de vintage klank. Plaats van opname was de mythische Jet Studio (Brussel). Mixing en mastering gebeurde door Dave Darlington (Samuel Blaser, Robin Verheyen, Wayne Shorter). Met deze ‘Eretz’ bewijst Jérémy Dumont dat hij vooruit wil en kan zonder zijn eigen reeds afgelegd parcours te verloochenen. Vooral ook live uiterst te smaken zoals we recent konden vaststellen tijdens de cd-voorstelling in de Jazzstation (Brussel). Ideaal voor een label als het Amerikaanse Origin dat grossiert in dergelijk materiaal.

Musici:

Jérémy Dumont: piano
Godwin Louis: saxofoon
Jean-Paul Estiévenart: trompet
Damien Varaillon: contrabas
Armando Luongo: drums

Georges Tonla Briquet – Jazz Halo

Jérémy Dumont 5tet, Eretz

Après avoir été attiré par le violon, Jérémy Dumont a débuté des études de piano classique au Conservatoire de Charleroi, puis s’est tourné vers le jazz : Jazz Studio d’Anvers puis Conservatoire de Bruxelles sous la direction d’Eric Legnini. Il fonde d’abord un trio avec lequel il enregistre l’album « Résurrection », avec Fabrice Alleman en invité et voici qu’il présente un quintet international. Au saxophone alto, l’Américain Godwin Louis. Diplômé de Berklee et du Thelonious Monk Institute, il a côtoyé Herbie Hancock comme Clark Terry et a enregistré, entre autres, avec la percussionniste Terri Lyne Carrington et le contrebassiste Michael Feinberg. A la trompette, Jean-Paul Estiévenart, aux multiples expériences, d’Urbex au LG Jazz Collective, de MikMâäk à son propre trio. A la contrebasse, le Français Damien Varaillon, qui joue aussi bien au sein du quartet du trompettiste Nicolas Folmer que de celui du clarinettiste sarde Matteo Pastorino (album « Suite For Modigliani »). A la batterie, l’Italien Armando Luongo qui, après des études au Conservatoire de Salerne puis de La Haye, en compagnie d’Eric Ineke qui a joué avec Chet, a rejoint Bruxelles pour faire partie du trio du saxophoniste français Vincent Thékal, comme du quartet du ténor italien Filippo Bianchini. Pour cet album « Eretz » (la « terre » en hébreu), enregistré à Bruxelles mais mixé à New York, sept compositions originales, de Strange Feeling à Nieuwpoort Day, et deux grands classiques: Darn That Dream et Tenderly. Si Jérémy Dumont désigne volontiers comme « mentors » Chick Corea et Avishai Cohen, ses compositions s’inscrivent directement dans un héritage post-bop au groove énergique. La plupart du temps, la structure des compositions est elle-même assez traditionnelle : exposé du thème à l’unisson, suivi de solos de chacun des protagonistes, sous l’impulsion vigoureuse de la rythmique puis retour au thème. Dans ce contexte, Godwin Louis se présente comme l’héritier d’une lignée d’altos qui irait de Charlie Parker à Jimmy Mc Lean : une grande vélocité de jeu qui se marie à une sonorité incisive. Les deux classiques, Tenderly et Darn That dream, se révèlent, eux, comme des moments d’apaisement. Un album qui ravira les amateurs de swing.

Claude Loxhay – Jazzaroundmag

FESTIVAL LES PALETS : Concert jazz du Jérémy Dumont Trio

Jeudi 27 juillet, le pianiste Jérémy Dumont et sa formation, Victor Foulon à la Contrebasse et Fablo Zamagni, à la batterie, ont fait swinguer le public du Festival les Palets, invité derrière les murs de Couleur Café. Au programme, des compositions mélodiques variées alliant rythmes bebop, swing et groove, tirées de “Resurrection”, premier album remarqué du trio ; un morceau invitant le quatuor à cordes des musiciens des Palets et enfin quelques interprétations hommage à des grands tels Herbie Hancock ou Chico Buarque. Sous les étoiles, les 3 trentenaires ont offert à un auditoire conquis, un concert de grande qualité qui laisse présager un bel avenir.

■ Virginie D’EAU – Le Dauphiné le 29/07/2017 

Jérémy Dumont a 29 ans et tout plein de talent.

ENTRETIEN

Son premier instrument fut le violon. Mais il bifurqua vers le piano dès 12 ans. Etudes au Jazz Studio d’Anvers, puis au Conservatoire de Bruxelles avec Eric Legnini (« Il est pour moi comme un parrain aujourd’hui »). Et c’est au conservatoire qu’il fait ses débuts en trio, avec Victor Foulon à la contrebasse et Fabio Zamagni à la batterie. C’est avec ce trio qu’il joue toujours aujourd’hui. On l’a vu, cet été, au Gaume Jazz : c’est soudé, complice, ça fait un, pas trois.

Sorti du conservatoire, il vous a fallu vous montrer.
Je me suis senti d’abord dans la fosse aux lions. Mais le trio était déjà formé, on commençait à avoir un son, il fallait y aller. Le meilleur moyen, c’est un album. Parce que les standards, c’est chouette mais il faut se distinguer. Par des compositions. J’en avais déjà quelques-unes, j’ai poursuivi et on a été en studio, en autoproduction. Ce fut Resurrection. Une carte de visite, mais on a réussi à avoir de la visibilité et c’est ce qui est le plus important.

Comment faire pour être original ?
Mon choix, c’est de rester le plus possible authentique et vrai avec moi-même. Tout en ne reniant aucunement mes influences : Chick Corea, Avishai Cohen le contrebassiste, Brad Mehldau. Toutes les musiques qui m’ont imprégné se répercutent sur mon écriture. L’album a une large palette mais c’est du jazz, à fond, c’est la musique qui m’importe le plus, de Tatum à Mehldau. Et j’aime autant l’un que l’autre, et ce qu’il y a entre les deux est enrichissant.

Vos morceaux possèdent des mélodies fortes.
J’ai surtout focalisé en effet sur des mélodies simples, qui peuvent rester en tête. Mais avec des harmonies qui bougent, derrière. On improvise, on modifie les codes, on complique les rythmes, mais il faut que ça reste accessible. Que ce soit swing ou contemporain, ça doit rester audible. Avec une belle dynamique, c’est une des choses les plus importantes : on peut jouer super soft et puis super fort.

Steve Coleman est cette semaine en Belgique. Sa musique, plus free, plus atmosphérique, vous touche-t-elle ?
Elle m’influence mais je ne tends vers cette direction pour le moment. Ce qui me touche, c’est le mix entre la tradition et le contemporain. Kenny Werner, par exemple, que j’ai eu en master class à New York. J’aime tout ce qui sonne. Même si ce n’est pas jazz, on s’en fout. Et j’écoute de tout. Pour le moment, du Nougaro avec Maurice Vander, ou du Joe Calderozzo, le pianiste de Branford Marsalis.

Des projets ?
J’ai des nouvelles compositions pour un nouvel album. Toujours en trio et avec le même esprit : une palette de couleurs différentes d’un morceau à l’autre, mais toujours dans cette idée de faire du jazz et qu’il soit accessible à tous. Et puis je lance un quintet en 2017, avec deux souffleurs. J’aime bien écrire des arrangements pour trompette et saxophone. L’idée ici, c’est de sonner comme le quintet de Wynton Marsalis, dans les 80 et 90 : du swing à fond !

■ Jean-Claude Vantroyen – Le MAD Le Soir édition du 09/11/2016

Toots Jazz Festival : Une seconde édition remarquable

… c’est le brillant pianiste Jérémy Dumont qui entamait la soirée du samedi 10 septembre. Deuxième participation pour lui en tant que leader qui, avec son contrebassiste Victor Foulon et son batteur Fabio Zamagni, accueillait en guest le merveilleux saxophoniste Fabrice Alleman. Le trio composé de jeunes musiciens et l’expérience du «vétéran» du groupe ont fait merveille et la cohésion entre eux était aussi bien savoureuse qu’apparente.

■ Pierre Gérard (lesuricate.org)- 21/09/2016

Le cœur de La Hulpe ne battait que pour Toots Thielemans

Il fallait s’y attendre : l’esprit de Toots n’a cessé de planer sur la deuxième édition du festival que La Hulpe, sa commune d’adoption, a monté en son honneur. En présence de sa veuve, Huguette Thielemans, et de Denise Bauer, ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique auprès du Royaume de Belgique, le jazz a retrouvé tous ses droits dans la petite cité brabançonne. Fait rassurant pour l’avenir du jazz, la jeune génération mord à son hameçon. En début de soirée, c’était au tour du pianiste Jérémy Dumont de montrer qu’en Belgique, le jazz est en devenir. Avec Victor Foulon à la basse, Fabio Zamagni à la batterie et Fabrice Alleman en saxophoniste invité, le concert est lancé par « Blues for Tilou », qui rappelle le hard bop et classicisme Blue Note des années cinquante. Il y a d’ailleurs quelque chose d’Horace Silver, pianiste fondateur des Jazz Messengers, dans le piano bleuté de Jérémy Dumont : sa palette sonore colorée et un rythme haletant produisent un drive très persuasif. Quant à l’émulation entre le pianiste et Fabrice Alleman, elle produit ses effets en faisant monter la pression. Pour Toots et pour Huguette, à qui ce titre de morceau et d’album était destiné, le trio augmenté reprend « For my Lady », mélodie bien tournée et mémorable sur laquelle le piano prend des allures à la Erroll Garner. Fabrice Alleman y trouve un judicieux prétexte à siffler façon Toots. C’est bien, on ne sifflote pas assez, en général. Le concert, qui emporte l’adhésion du public, se termine sur « Eretz », une nouvelle composition du pianiste signifiant « La Terre » (d’Israël). Ce très beau thème met en valeur toute la luminosité du jeu du pianiste. Chick Corea avait son « Spanish Heart », Jérémy Dumont a son « Jewish Heart ».

■ Dominique Simonet (La DH)- 10/09/2016