Jérémy Dumont a 29 ans et tout plein de talent.

ENTRETIEN

Son premier instrument fut le violon. Mais il bifurqua vers le piano dès 12 ans. Etudes au Jazz Studio d’Anvers, puis au Conservatoire de Bruxelles avec Eric Legnini (« Il est pour moi comme un parrain aujourd’hui »). Et c’est au conservatoire qu’il fait ses débuts en trio, avec Victor Foulon à la contrebasse et Fabio Zamagni à la batterie. C’est avec ce trio qu’il joue toujours aujourd’hui. On l’a vu, cet été, au Gaume Jazz : c’est soudé, complice, ça fait un, pas trois.

Sorti du conservatoire, il vous a fallu vous montrer.
Je me suis senti d’abord dans la fosse aux lions. Mais le trio était déjà formé, on commençait à avoir un son, il fallait y aller. Le meilleur moyen, c’est un album. Parce que les standards, c’est chouette mais il faut se distinguer. Par des compositions. J’en avais déjà quelques-unes, j’ai poursuivi et on a été en studio, en autoproduction. Ce fut Resurrection. Une carte de visite, mais on a réussi à avoir de la visibilité et c’est ce qui est le plus important.

Comment faire pour être original ?
Mon choix, c’est de rester le plus possible authentique et vrai avec moi-même. Tout en ne reniant aucunement mes influences : Chick Corea, Avishai Cohen le contrebassiste, Brad Mehldau. Toutes les musiques qui m’ont imprégné se répercutent sur mon écriture. L’album a une large palette mais c’est du jazz, à fond, c’est la musique qui m’importe le plus, de Tatum à Mehldau. Et j’aime autant l’un que l’autre, et ce qu’il y a entre les deux est enrichissant.

Vos morceaux possèdent des mélodies fortes.
J’ai surtout focalisé en effet sur des mélodies simples, qui peuvent rester en tête. Mais avec des harmonies qui bougent, derrière. On improvise, on modifie les codes, on complique les rythmes, mais il faut que ça reste accessible. Que ce soit swing ou contemporain, ça doit rester audible. Avec une belle dynamique, c’est une des choses les plus importantes : on peut jouer super soft et puis super fort.

Steve Coleman est cette semaine en Belgique. Sa musique, plus free, plus atmosphérique, vous touche-t-elle ?
Elle m’influence mais je ne tends vers cette direction pour le moment. Ce qui me touche, c’est le mix entre la tradition et le contemporain. Kenny Werner, par exemple, que j’ai eu en master class à New York. J’aime tout ce qui sonne. Même si ce n’est pas jazz, on s’en fout. Et j’écoute de tout. Pour le moment, du Nougaro avec Maurice Vander, ou du Joe Calderozzo, le pianiste de Branford Marsalis.

Des projets ?
J’ai des nouvelles compositions pour un nouvel album. Toujours en trio et avec le même esprit : une palette de couleurs différentes d’un morceau à l’autre, mais toujours dans cette idée de faire du jazz et qu’il soit accessible à tous. Et puis je lance un quintet en 2017, avec deux souffleurs. J’aime bien écrire des arrangements pour trompette et saxophone. L’idée ici, c’est de sonner comme le quintet de Wynton Marsalis, dans les 80 et 90 : du swing à fond !

■ Jean-Claude Vantroyen – Le MAD Le Soir édition du 09/11/2016