Le cœur de La Hulpe ne battait que pour Toots Thielemans

Il fallait s’y attendre : l’esprit de Toots n’a cessé de planer sur la deuxième édition du festival que La Hulpe, sa commune d’adoption, a monté en son honneur. En présence de sa veuve, Huguette Thielemans, et de Denise Bauer, ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique auprès du Royaume de Belgique, le jazz a retrouvé tous ses droits dans la petite cité brabançonne. Fait rassurant pour l’avenir du jazz, la jeune génération mord à son hameçon. En début de soirée, c’était au tour du pianiste Jérémy Dumont de montrer qu’en Belgique, le jazz est en devenir. Avec Victor Foulon à la basse, Fabio Zamagni à la batterie et Fabrice Alleman en saxophoniste invité, le concert est lancé par « Blues for Tilou », qui rappelle le hard bop et classicisme Blue Note des années cinquante. Il y a d’ailleurs quelque chose d’Horace Silver, pianiste fondateur des Jazz Messengers, dans le piano bleuté de Jérémy Dumont : sa palette sonore colorée et un rythme haletant produisent un drive très persuasif. Quant à l’émulation entre le pianiste et Fabrice Alleman, elle produit ses effets en faisant monter la pression. Pour Toots et pour Huguette, à qui ce titre de morceau et d’album était destiné, le trio augmenté reprend « For my Lady », mélodie bien tournée et mémorable sur laquelle le piano prend des allures à la Erroll Garner. Fabrice Alleman y trouve un judicieux prétexte à siffler façon Toots. C’est bien, on ne sifflote pas assez, en général. Le concert, qui emporte l’adhésion du public, se termine sur « Eretz », une nouvelle composition du pianiste signifiant « La Terre » (d’Israël). Ce très beau thème met en valeur toute la luminosité du jeu du pianiste. Chick Corea avait son « Spanish Heart », Jérémy Dumont a son « Jewish Heart ».

■ Dominique Simonet (La DH)- 10/09/2016