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JD Trio au Rideau Rouge

JEREMY DUMONT TRIO AU RIDEAU ROUGE

Jeremy Dumont s’est fait remarqué pour la première fois dans l’un des ses groupes, Unexpected 4, avec qui il remporta le premier prix du concours des jeunes talents au Dinant Jazz Nights en 2010.

On l’a ensuite retrouvé au sein du Brussels Pop Master (groupe qui mélange jazz et Hip Hop), puis avec Stéphane Mercier dans Solid Steps Quintet(inspiré par l’album au titre éponyme de Joe Lovano) et, finalement à la tête de son propre trio : le Jeremy Dumont Trio.

C’est ce dernier groupe (qui vient de remporter, par ailleurs, le concours «Jeunes Formations» à Comblain-La-Tour) qui se présentait ce jeudi 7 juin au Rideau Rouge à Lasne.

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Entouré du solide contrebassiste Bas Cooijmans et du jeune batteurFabio Zamagni, Jeremy Dumont pose les premiers accords de «Dolphin Dance». Cette très jolie salle est l’écrin idéal pour un jazz intimiste et chaleureux, certes, mais quand même… le trio exécute ce standard de façon excessivement académique. Etonnant quand on connaît un peu le talent du pianiste. Tout est retenu et très (trop ?) respectueux. Passons. Sur le deuxième morceau – une composition personnelle, «Newportday» (?), le trio se montre un peu plus entreprenant et expressif. Le thème est plein de reliefs et est joué de façon plus enlevée. Alors, on se dit que Jeremy Dumont va se lâcher plus encore, qu’il sera moins timide, plus libéré, plus naturel… Mais non. Et ce ne sera pas le cas non plus sur le morceau suivant (un titre de Rick Margitza) – même si le beau solo de Bas Cooijmans tente montrer la voie – ni sur un «Tenderly», ici  aussi bien trop gentil et presque mielleux.

Heureusement, «Fingerprints» (de Chick Corea), forcément plus nerveux, semble enfin libérer le trio de toute contrainte. Ça joue et ça échange. Le plaisir se lit sur le visage des musiciens et sur celui du public. Et le trio remet ça sur composition personnelle dont je n’ai pas retenu le nom qui est, en fait, l’anagramme d’Eric Legnini (l’un des professeurs de Jeremy).  On sent alors une véritable interaction entre les musiciens. Le terrain est miné de groove et de soul et le trio s’y faufile avec beaucoup d’habileté. Le jeu de Zamagni se fait plus sec et plus nerveux. Il rebondit face aux assauts de Cooijmans. Dumont montre alors un jeu beaucoup plus percussif et bien plus inspiré. Ses doigts se délient. Il frappe le clavier avec précision et fermeté. Ça y est, çajazze !

Du coup, le deuxième set sera d’un tout autre niveau. «Bud Powell» (de Chick Corea)  pour commencer, est une invitation directe aux échanges, à l’ouverture et aux improvisations plus débridées. Puis, «Jelly’s Da Beener» (deRobert Glasper) révèle une face beaucoup plus moderne du trio. Sans doute une ligne dans laquelle il devrait s’inscrire car on y perçoit quelque chose de plus personnel et d’original. Même si ce morceau est écrit en ce sens, on devine l’envie du trio de trouver une sorte de synthèse du jazz actuel, basé sur les solides fondations du bop et du jazz modal et influencé par la pop ou le hip hop.

Le trio a trouvé sa respiration, les morceaux s’enchaînent enfin sans arrière-pensées.

Et le public ne s’y trompe pas, il réagit et applaudit aux impros des différents solistes. Il salue le batteur sur «Humpty Dumpty», nerveux à souhait, ou le contrebassiste pour les superbes et fermes lignes mélodiques sur «Blue In Green». Et puis aussi pour le jeu très vif du pianiste sur un «Rhumba Flameco» enflammé.

L’ambiance s’est nettement réchauffée, le trio s’est libéré et a fait oublier les hésitations du début. On perçoit alors tout le potentiel d’un groupe qui, même s’il doit encore s’aguerrir, peut proposer une musique avec du caractère. Faisons leur confiance et allons les applaudir cet été à Comblain-La-Tour et, plus tard sans aucun doute, dans quelques-uns de nos nombreux clubs belges. Cela en vaudra sûrement la peine.

A+