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Interview J.Dumont, by Etienne Payen

Interview de Jérémy Dumont Par Etienne Payen
mars 2012

Jérémy Dumont copyright Christian Pattyn-border
Jeremy Dumont, vous êtes jeune, beau et sentez « bon le sable chaud ». Vous êtes bien présent sur la scène belge depuis quelques mois, le public vous semble acquis, mais on ne sait pas forcément beaucoup de choses sur vous.

Merveilleuse opportunité de poser quelques questions sur vous, sur le jazz et sur la vie.

 

 

- D’où venez-vous ? Où habitez-vous? Quel âge avez-vous ?

J'ai 24 ans, je suis né en Belgique à Ixelles et vis à Beersel.

- Je vois qu’à l’âge de cinq ans, vous apprenez le violon et que vous êtes choriste dans la Maîtrise de la RTBF ? Pourquoi le violon ? Qu’est-ce que la Maîtrise ? Quels sont vos souvenirs de cette période ? En jouez-vous encore ?

Mon grand frère jouait très bien du violon et je voulais jouer
avec lui et en faire autant mais j'ai arrêté après quelques
années car cela ne marchait pas avec mon prof.
La Maîtrise était un cœur de jeunes enfants, principalement de
filles. On y reprenait des chansons et des poèmes à plusieurs
voix etc. Dès que j'ai plus ou moins commencé à muer, j'ai dû
arrêter.

- A 12 ans, vous passez du violon au piano classique ? Début des cours d’improvisation de jazz. Qu’est ce que le jazz évoquait pour vous à cette période? Aviez-vous déjà décidé d’être un professionnel de la musique ? Jamais envie d’être pompier, docteur, cascadeur ???

Dans mes souvenirs je voulais être acteur. Je suivais
d’ailleurs un cours d’impro à l’Ecole de la Scène et ai
participé à deux comédies musicales. J’adorais le piano mais en
jouais sans arrière pensée et à ce moment-là du classique.
C’était ainsi car ma prof Karin Lechner ne pouvait pas
m’apprendre autre chose que du classique et je me souviens lui
avoir dit je souhaitais jouer du jazz, elle m’a alors enseigné
des œuvres de Scott Joplin ou de Gershwin. Cela a constitué ma
première initiation au « jazz »
Les cours d’impro jazz ont commencé à mes 16 ans ou 17 ans.
J'ai directement accroché quand j'ai vu mon premier prof jouer
(Thomas DePrins): c'était incroyable, il pouvait jouer dans les
styles de Art Tatum, Mc Coy Tyner, Erroll Garner ou Chick Corea
et c'est là que je me suis dit : « oaouh c’est ça que je veux
faire »!

- Avant d’aller plus loin, avez-vous été bercé dans le jazz dans votre jeunesse ? Écoutait-on du Miles Davis au déjeuner chez vous ?

Ma mère est la première femme ingénieur du son de Belgique et
mon père joue (jouait) de la guitare et du sax alto! Donc oui
j'ai grandi dedans bien que pas essentiellement dans le jazz!

- Dès lors à 18 ans, vous bifurquez totalement du classique vers le jazz en fréquentant le Jazz Studio d’Anvers ?

J'avais eu une petite approche du jazz grâce à Thomas Deprins
mais n'en connaissais pas grand-chose. Après mes humanités j'ai
décidé d’entamer une formation jazz et suis parti au Jazz
Studio! Là, j'ai découvert une grande partie du jazz belge, des
professeurs incroyables: Richard Rousselet, Bas Cooijmans,
Stéphane Mercier et encore d'autres... J'ai beaucoup écouté de
jazz à cette époque et essentiellement Chick Corea dont je suis
tombé amoureux!

A nouveau pourquoi le jazz ? Une rencontre, une envie. Qu’y trouviez-vous à cet âge par rapport à la formation classique que vous aviez suivie ?

Une rencontre de nouveaux genres! Je me disais que ça sonnait
tellement plus libre, plus direct que le classique. Cela m’a
touché directement, surtout le fait de se dire qu’on peut
improviser, se laisser aller à sa propre interprétation ...

- A 2O ans, entrée au Conservatoire de Bruxelles avec quelques grandes pointures comme Eric Legnini ou Phil Abraham.
Comme se sent-on à 20 ans face à de tels “monuments”. Que vous ont-ils appris ?

Arriver au Conservatoire était quelque chose de très important
pour moi: rencontrer tous ces monuments. Eric Legnini, Jean-
Louis Rassinfosse, Fabrice Alleman, Phil Abraham, Victor Da
Costa, Pirly Zurstrassen, Guy Cabay, tous ces professeurs et
musiciens professionnels sont si généreux, si humbles et si
bons dans ce qu'ils font que c'est vraiment bien d'être entouré
par eux durant toutes ces années! Et au niveau des cours de
piano, Eric Legnini est tout simplement incroyable! Et avec
comme assistant Vincent Bruyninckx, on ne peut demander mieux!
J’apprends énormément d’eux tous les jours, bien sûr la
musique, mais aussi sur d'autres plans. Je suis d’ailleurs un
inconditionnel d’Eric Legnini au point de retranscrire
régulièrement ses compositions.

- Toujours au Conservatoire actuellement ?

Oui je suis en 1ere Master, encore un an.

- Comme beaucoup de jeunes musiciens, n’êtes-vous pas tenté par un passage dans une école américaine style Berklee ?

Bien sûr, j'aimerais aller à Berklee mais sans bourse, ce n'est
pas envisageable!

- Impossible de ne pas parler de votre carrière sans évoquer la présence plus que salutaire apparemment de vos parents. Managers, sponsors, organisateurs, agents de presse, bodyguard, coach, maîtres à penser ? Qui sont-ils exactement ? Sont-ils totalement fous de jazz ? Sont-ils musiciens ?

J'ai l’a chance en effet d’avoir pour manager ma maman qui gère
très bien ma promotion et celle de mes projets, comme une
manageuse hors pair.
C’est sûr que j'ai hérité de leur sensibilité pour la musique,
surtout celle de mon père pour le jazz et ils sont toujours là
pour m’encourager, pour m'aider dans ma voie. Je sais la chance
que j'ai!!
Ils sont assez passionnés par le jazz oui! Mon père en a une
bonne culture, ma mère me suit ou m’emmène à de nombreux
concerts. Camilo trio, Chick, Herbie ...

- En 2010, vous remportez le concours des Jeunes Talents du Festival de Dinant avec votre groupe “the Unexpected 4”. Une première consécration ? Que cela vous a t’il apporté ? Un regard sur ce groupe deux ans plus tard ?

C'était effectivement une super récompense d’autant plus qu’on
ne s'y attendait pas, et ça nous a permis de nous ouvrir des
portes, de jouer, et de nous améliorer encore et encore.
Aujourd’hui le groupe a un peu changé avec l’arrivée de Bas
Cooijmans à la contrebasse à la place de Vincent Cuper qui a
décidé de quitter le groupe.

- Quels sont les groupes et les projets auxquels vous participez actuellement ? Pouvez-vous définir chaque fois le style de musique ?

The Unexpected 4: le quartet avec Bas Cooijmans (contrebasse), Armando Luongo (batterie) et Vincent Thekal (sax): ce projet est fort basé sur le jazz swing et moderne et surtout des compositions personnelles du saxophoniste et de moi-même.
Jeremy Dumont Trio: mon nouveau trio avec un incroyable Bas Cooijmans et le talentueux Fabio Zamagni. Dans ce trio, j'essaye de m’inspirer dans les compos ou dans le choix du répertoire, de la qualité des trios de Chick Corea, comme le New Trio ou encore de toutes partitions qu’il a arrangées pour trio!
Solid Steps Quintet: ce nouveau projet est basé sur un album de Joe Lovano en quintet qui s’appelle Solid Steps. D'où le nom du projet! Avec Stéphane Mercier, nous avons discuté de l'idée que j’avais eue de reprendre les titres de cet album qui sont superbes et indémodables. La plupart des musiciens sont belges: Stéphane a accepté de monter ce projet avec moi, avec le trompettiste Jean-Paul Estievenart, le contrebassiste Sal la Rocca et le batteur Wim Eggermont.
Brussels Pop Masters: ce projet est un collectif jazz hip hop que j'ai créé avec un chanteur. Nous sommes neuf musiciens. On base le répertoire uniquement sur des compos que nous arrangeons pour le band avec Dominique Della Nave, style funk hip hop, avec deux chanteurs Eric labat et Julie Rens. Nous avons fait un clip l'année passée disponible sur you tube.

- Votre activité paraît débordante. Alors que certains restent – à tort ou à raison – confinés à un style musical, vos choix semblent hétéroclites. Est-ce un hasard de la vie, un état d’esprit, un goût de la découverte, une indécision notoire ?
Ou un hasard tout simplement?

Durant mon parcours, je suis allé à la rencontre de différents
styles, mais ça reste surtout des dérivés du jazz car il s'agit
du hip hop, de la soul et du funk.
Mais je suis aussi attiré par des styles totalement différents,
tels que la drum'n bass, le dupstep, l'électro.
Ce n'est pas un hasard si j'ai créé le groupe « BPM » ou si je
fais partie des « Man on Fire and the Soldiers », car ce sont
des styles dont j'ai été imprégnés durant ma jeunesse. C'est
vraiment par goût.

- Parmi tous ces genres, quel est néanmoins celui qui vous correspond le mieux ? Le classique jazz style Corea ?

C'est peut être bien le style jazz de Chick Corea, mais il a
tellement de facettes différentes que cela ne peut se résumer
qu'à cela. En effet j'adore Chick Corea et sa manière de jouer,
essentiellement dans ses trio jazz, par exemple l'album: « Now
he sings, now he sobs » ou plus récemment « The Chick Corea new
trio ». Mais je suis aussi très fan d'autres pianistes
« anciens » comme Bill Evans, Mc Coy Tyner et Kenny Kirkland.
Et d'autres plus « récents » comme Kenny Werner ou Joey
Calderazzo qui m'inspirent énormément.

- Question traditionnelle à un musicien? Quels grands maîtres avez-vous écoutés?

J'ai beaucoup écouté: Art Tatum, Oscar Peterson, Errol Garner,
Duke Ellington, Hank Jones, Bud Powell, Bill Evans, Monk,
Herbie Hancok, Keith Jarrett, Chick Corea, Michel Petrucciani,
McCoy Tyner, Kenny Kirkland, Brad Mehldau, et autres que
pianistes: John Coltrane, Dexter Gordon, Stan Getz, Lester
Young, Freddy Hubart, Ray Brown, Mel Lewis, Art Blakey, Steve
Coleman et encore d'autres.

- Quels musiciens de jazz contemporains écoutez-vous encore régulièrement ?

Steve Coleman, Kenny Werner, Aaron Parks, Aaron Goldberg, Brandford Marsalis, Robert Glasper, Octurn, Aka Moon, Avishai Cohen (les deux) etc..

- La musique qui vous fait danser ?

Le rock et le hip hop, mais je n'aime pas beaucoup danser.

- La musique qui vous fait planer?

Un bon morceau de jazz qui swingue à mort comme le quartet de
Coltrane sur « On resolution » ou Brandford Marsalis quartet
avec un solo enragé de Joey Calderazzo sur « In the crease »
avec Jeff tain Watts

- La musique qui vous fait “pleurer” ?

Erik Vermeulen sur un morceau de Charles Loos « Grawling Face »
et un autre style « Under the bridge » des Red Hot Chili
Peppers

- Le morceau que vous auriez aimé écrire ?

« Body and Soul »

- Le disque ou le cd qui a eu une première influence dans votre vie ?

Jim Hall et Bill Evans en duo « Undercurrent »

- La musique dont vous avez horreur ?

Je suis ouvert à beaucoup de styles musicaux, mais il y a
certaines choses commerciales, par exemple qui passent à la
radio, qui sont vraiment inécoutables !

- Ce qui vous fait rire ?

Louis de Funès, le cinéma, le théâtre!

- La lecture que vous aimez et un livre déjà relu plusieurs fois ?

J’aime bien lire des biographies de jazz ou des livres sur la
musique. Je n’ai pas vraiment relu un livre

- Un souvenir de concert comme spectateur ?

Keith Jarrett en Solo

- Un souvenir de concert en tant que musicien ?

Un concert avec le quartet Unexpected 4 ou Jean-Louis
Rassinfosse est venu remplacer le bassiste, c’était une très
belle expérience et un beau souvenir.

- Vos projets actuels ? Quels groupes ? Quels concerts ?

Et bien mon nouveau trio dans lequel je m’investis maintenant
énormément. Il y a  aussi le quartet avec plusieurs dates, et
« Brussels Pop Master » qui joue aussi une fois par mois et
beaucoup de concerts avec « Man on Fire and the Soul Soldiers »

- Un projet de disque ?

Rien de très concret mais peut être bientôt en trio

- Une adresse de site ?

Pas encore mais très bientôt

- En toute modestie, vos qualités de musicien ?

C’est toujours difficile de se juger dans les qualités, mais
peut être la musicalité, jouer avec les dynamiques, l’envie de
développer mes idées en solo, et une oreille attentive.

- Vos ”défauts” comme musicien ?

Je ne suis pas très bon lecteur, je devrais parfois épurer,
moins jouer et faire plus attention à la construction des
solos.

- Êtes-vous :
Un compositeur ? Un touche à tout ? Un improvisateur ? Un organisateur ? Un rêveur ? Un leader ? Un sideman ? Un maniaque ? Un perfectionniste ?

Plutôt compositeur, improvisateur, et sideman et peut-être
leader aussi

- Un avis sur la scène jazz belge ?

J’adore le jazz belge, on a des musiciens incroyables en
Belgique. J’ai toujours adoré l’esprit des musiciens de jazz
belges qui sont si humbles et généreux et qui possèdent des
niveaux clairement internationaux et remarquables !

- Des envies de partir, de vous expatrier ?

New York évidement serait un rêve! J’y suis allé avec ma mère
il y a deux  ans et c’était fantastique, la musique vit
vraiment là-bas !

- Comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

J’espère avoir percé dans le jazz, dans la musique, ici ou
ailleurs, être appelé pour jouer avec des grands du jazz, faire
des arrangements pour des musiques de film au cinéma, peut-être
même produire....

- Un musicien que vous me conseilleriez de découvrir ? D’interviewer ?

Dorian Dumont

- Question traditionnelle pour terminer, si je vous donnais une baguette magique mais qui ne peut fonctionner qu’une seule fois, qu’en feriez-vous ?

Je voudrais posséder le «time» et le placement de Petrucciani.
Je vous remercie

Jazz Tour Festival Hannut

JAZZ TOUR FESTIVAL A HANNUT

Joli succès pour la deuxième édition du Jazz Tour Festival au Centre Culturel de Hannut.

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Ce n’était ni à l’habituel Henrifontaine ni à la Salle Jean Rosoux qu’il se tenait, mais bien au Centre de Lecture Publique, pour des raisons pratiques et sur les coups de 16 heures, ce samedi 3 mars, pas mal de curieux et d’amateurs étaient déjà présents pour écouter Unexpected 4.
Les lauréats du concours du Festival Dinant Jazz Nights 2010 – que j’avais eu l’occasion de voir à la Jazz Station – présentaient un nouveau line-up. Il ne s’agit pas d’un changement radical mais l’arrivée de Bas Cooijmans à la contrebasse, à la place de Vincent Cuper et de sa basse électrique, change quand même l’optique du groupe. On sent l’ensemble encore plus ramassé et une nouvelle dynamique se dessine. L’incisif Jeremy Dumont (p), dont l’entente avec Vincent Thekal est évidente, ouvre souvent les espaces. Le drumming d’Armando Luongo se veut toujours enflammé. Avec l’arrivée de Cooijmans, ils pourront sans doute se lâcher encore un peu plus et sortir d’une voie qui reste parfois encore un peu sage. Car, c’est clair, on imagine aisément que Unexpected 4 en a encore sous le pied.

Jacques Prouvost